Lettre à la Maire de Cologne : préoccupations concernant le salon « Wish for Baby» et sa promotion de la GPA

A l’attention de Madame la Maire Henriette Reker, Maire de Cologne

Paris, 1er octobre 2025

Madame la Maire,

CIAMS, la Coalition internationale pour l’Abolition de la Maternité de Substitution, représentant cinquante organisations membres dans 17 pays sur trois continents, souhaite attirer votre attention sur le salon « Wish for Baby», qui se tiendra les 18 et 19 octobre aux halls Sartory de Cologne. Cet événement promeut la gestation pour autrui, une pratique explicitement interdite par la législation allemande (§§13c, 13d AdVermiG).

Nous sommes très préoccupés par la participation d’agences internationales de GPA à ce salon, dans la mesure où elle constitue de facto une violation de la loi allemande. Ces agences ne peuvent pas « informer de manière neutre » le public : leur objectif est de recruter des personnes afin commercialiser leurs services. Leurs intérêts financiers et idéologiques représentent un conflit d’intérêts évident. La présence d’agences telles que le San Diego Fertility Center et Nordic Surrogacy, engagées dans la GPA commerciale, constitue une violation claire du droit allemand et promeut une pratique qui contrevient aux standards internationaux des droits humains.

La GPA commerciale traite l’enfant comme un objet contractuel, subordonnant son existence aux ambitions reproductives d’autrui, ce qui, selon la Convention de La Haye de 1993 (HCCH), constitue de la vente d’enfants, puisque l’attribution d’un enfant avant sa naissance répond aux critères de la vente d’enfants. Cette pratique réduit également les femmes à de simples instruments de reproduction. Si l’on examine les fondements de l’oppression des femmes et du patriarcat, il apparait évident que le contrôle des capacités reproductives des femmes est au cœur de la domination systémique.

De surcroît, l’argument du « consentement » de la mère porteuse est juridiquement obsolète dans les cas de traite des êtres humains, ce que constitue la GPA selon le droit international. Toutefois, même si le consentement était légalement valable, il ne peut être considéré comme libre et éclairé en raison des pratiques trompeuses des agences de recrutement et de l’extrême vulnérabilité économique des mères porteuses, souvent des femmes issues de milieux défavorisés cherchant à survivre. Le consentement perd encore davantage de sens lorsque l’on considère que les êtres humains sont socialisés pour agir selon des normes profondément intériorisées. Les régimes totalitaires ont historiquement utilisé la propagande pour imposer l’obéissance ; de même, la socialisation patriarcale enseigne aux femmes qu’elles sont avant tout faites pour enfanter et mettre leur corps au service des ambitions d’autrui. La soumission est la condition sine qua non d’un rapport de domination : sans elle, les rapports hiérarchiques de pouvoir ne pourraient se légitimer et donc exister. Beaucoup de femmes ignorent les manières dont leur socialisation renforce leur propre subordination, rendant tout « consentement » à la GPA commerciale fondamentalement compromis.

Cette préoccupation n’est pas théorique. Le témoignage récent de Carlotta Capelletti, qui a visité le salon « Désir d’enfant », illustre la réalité de ces pratiques. Elle rapporte un environnement hautement commercialisé, où les cliniques exposaient des images de familles heureuses et de bébés parfaits, tout en présentant la GPA comme un service personnalisable pour des clients payants. Les intervenants mettaient l’accent sur les souhaits des parents d’intention, en accordant peu ou pas d’attention à la mère porteuse, considérée comme un simple instrument. Les coûts étaient présentés de manière factuelle, avec 45 000 $ alloués à la mère porteuse et 105 000 $ représentant clairement le profit de la clinique. Voir ici : lien

De même, des comptes rendus de l’événement « Men having Babies » à Bruxelles décrivent un environnement où les prestataires internationaux de GPA commercialisaient activement des enfants comme des produits. Environ 250 candidats aisés y ont participé, explorant des options telles que des réductions pour fratrie, la personnalisation génétique, voire des donneuses d’ovocytes « licornes » à 50 000 $ contre 8 000 $ pour d’autres donneuses. Les droits fondamentaux des femmes et des enfants étaient mis de côté au profit de la satisfaction des clients et du profit. Les organisateurs et les cliniques manipulaient les participants avec des présentations minutieusement programmées, les guidant à travers des parcours de GPA de plusieurs années conçus pour maximiser le gain financier. Les mères porteuses étaient présentées comme des figures héroïques, des « Captain Marvel » ou « Wonder Women », mais leur autonomie était entièrement subordonnée aux objectifs commerciaux de l’industrie et aux désirs reproductifs des clients. Les cliniques admettaient explicitement que la plupart des donneuses d’ovocytes participaient principalement pour des incitations financières, incluant frais de scolarité, voyages ou interventions esthétiques. Voir ici : lien

Par ailleurs, si cet événement était réellement une plateforme neutre d’information, pourquoi les associations féministes luttant pour l’abolition de la GPA sont-elles systématiquement exclues ? L’absence de voix critiques, alors que les agences commerciales sont mises en avant, suggère que la foire fonctionne comme une plateforme de publicité et de recrutement plutôt que comme un échange impartial.

Cela soulève plusieurs questions pressantes :

  • Comment la Ville de Cologne justifie-t-elle la présence d’agences de GPA à cet événement, alors que leurs activités contreviennent directement à l’interdiction de la GPA en droit allemand ?

  • Sur quelle base la Ville distingue-t-elle « information » et « publicité », alors que les acteurs concernés ont des intérêts commerciaux et idéologiques directs ?

  • Pourquoi les organisations féministes abolitionnistes, qui apportent un éclairage essentiel sur les dommages et violations des droits humains liés à la GPA, ne sont-elles pas invitées à participer si la foire est réellement une plateforme neutre et informative ?

Permettre la tenue de la foire « Wish for Baby » sous sa forme actuelle légitime la marchandisation des corps des femmes et des enfants, compromet l’état de droit en Allemagne et fait taire les voix critiques.

Nous attendons votre réponse et vous remercions par avance.

Veuillez agréer, Madame la Maire, l’expression de notre haute considération.

Marie Josèphe Devillers – Ana-Luana Stoicea-Deram – Berta O. Garcia, Co-présidentes de la Coalition pour l’Abolition de la Gestation pour Autrui


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