Le réseau Epstein est réel, judiciaire, établi.
Les hommes influents — majoritairement des hommes — qui lui sont liés sont les décideurs
de secteurs les plus stratégiques au monde. La finance, les sciences, les biotechnologies et
l’intelligence artificielle, les sphères politiques, médiatiques, de défense et du renseignement.
Ils définissent l’étalon qui sert leurs appétits : jeune, disponible, sexualisée, silencieuse.
Certains sont poursuivis ou, pour l’heure, simplement cités dans des procédures.
Silencieux depuis 2019, les médias et les autorités judiciaires du monde entier (r)ouvrent enfin ‘‘l’affaire Epstein’’ après que de nouveaux documents aient été rendus publics par le Département de la Justice américaine (DoJ), ce sont les Epstein Files1.
Pédocriminel multi-récidiviste au réseau tentaculaire, arrêté à New York à l’aéroport de Teterboro alors qu’il arrivait de Paris, disparu dans de troubles circonstances lors de son séjour au Metropolitan Correction Center de New York en attendant son procès pour des charges de trafic sexuel impliquant l’exploitation systématique de dizaines de filles mineures. Jeffrey Epstein était aussi un eugéniste fasciné par le transhumanisme, le mouvement qui milite pour l’amélioration de la race humaine par le biais de l’intelligence artificielle et de la technologie. Il aurait versé – entre autres – 6,5 millions de dollars au programme de Dynamique Évolutive de l’université d’Harvard et 20.000 dollars à la Worldwide Transhumanist Association, renommée aujourd’hui Humanity Plus.
Persuadé de sa supériorité de son intelligence, Jeffrey Epstein projetait de se faire cryogéniser la tête et les testicules afin qu’ils puissent être réanimés dans un futur proche ; il possédait une propriété au Nouveau-Mexique, Zorro Ranch, où emprisonner et féconder plusieurs filles et femmes à la fois afin de perpétuer l’espèce humaine avec son ADN – présumé supérieur.
La métaphore du ranch n’est pas une coïncidence lexicale.
C’est la logique même du projet de GPA: utiliser des femmes et des filles comme du bétail de reproduction, dans un espace précisément conçu pour cela2.
Les experts de l’ONU ont qualifié les crimes documentés dans les Epstein Files « d’esclavage sexuel, de violence reproductive, de disparitions forcées, de torture, de traitements inhumains et dégradants, et de possible féminicide » et ajouté que « ces crimes ont été commis dans un contexte de croyances suprémacistes, de racisme, de corruption, de misogynie extrême, et de marchandisation et déshumanisation de femmes et de filles de différentes parties du monde3« .
Eugéniste et raciste
Jeffrey Epstein était un fervent participant du transhumanisme, le mouvement scientifique visant à l’amélioration de la population humaine grâce au génie génétique et à l’intelligence artificielle. Le transhumanisme utilise des technologies de pointe pour manipuler et améliorer les capacités intellectuelles et physiologiques des êtres humains pour de les rendre surhumains – rien à voir avec les innovations qui aident les personnes handicapées. Quant à l’eugénisme, il cherche à optimiser l’espèce humaine par le biais d’une sélection génétique. L’eugénisme était par ailleurs très populaire auprès des nazis4. Les cercles transhumanistes5 avec lesquels Epstein était en relation (par exemple, les dons à Humanity Plus) font référence aux utérus artificiels comme faisant partie du Gattaca Stack6. Le terme a été inventé par Brian Armstrong, PDG de la crypto-monnaie Coinbase, pour désigner la combinaison de quatre technologies reproductives: criblage polygénique d’embryons, FIV, édition génomique héréditaire et utérus artificiels — exactement celles qu’Epstein cherchait à financer, promouvoir et utiliser à ses fins eugéniques7.
Les obsessions eugéniques et suprémacistes d’Epstein
Les documents publiés par le Département de la Justice américaine (DoJ) révèlent des conversations racistes et sexistes, ainsi que la fascination d’Epstein pour le transhumanisme, et qu’il envisageait de financer une entreprise d’édition génétique. Certaines caractéristiques raciales et intellectuelles le préoccupaient — les yeux bleus par exemple, qu’il associait à l’intelligence ou l’intelligence ashkénaze — et avait le projet d’exploiter des filles mineures et des femmes à des fins reproductives8.
Situé à proximité de Santa Fe et du campus de Los Alamos, Zorro Ranch a été conçu comme un centre de recherche destiné à attirer des scientifiques des quatre coins des États-Unis. Jeffrey Epstein recrutait des cryptographes de la NSA pour « hacker le code du génome humain » et développer dans son ranch, un centre de procréation, où les victimes seraient inséminées avec son sperme9.
Epstein ne collectait pas l’ADN de façon ponctuelle, lui et son réseau ont fait des commandes de centaines de tests ADN. Par exemple, Sultan Bin Sulayem passe une commande de trente tests ADN à la société de biotechnologie américaine 23andme10 qui propose une analyse du code génétique aux particuliers (183 occurrences dans les Files). Il existe aussi un échange d’emails dans lequel 23andMe interroge l’assistante d’Epstein, Leslie Groff, à propos de la commande de Bin Sulayem, commande signalée par la société de biotechnologie pour usage suspect ou massif.
Groff explique qu’il s’agit d’un cadeau pour Sulayem, qui avait apprécié le test qu’Epstein lui avait offert et voulait en lui aussi proposer à ses « collaborateurs ». Les tests finissent par être expédier via un vol Emirates à Dubaï car Sulayem « ne voulait plus attendre »11. Mais à quoi servaient ces dizaines de tests commandés et utilisés par Epstein et son réseau? À vérifier la paternité d’enfants nés de victimes? Réaliser une cartographie eugénique de son entourage selon des critères raciaux et d’intelligence supposée? À la surveillance et au chantage (preuve biologique incontestable de présence et de participation à des actes compromettants et/ou criminels)? À la conservation génétique de son propre ADN dans une banque pour médecine régénératrice et propagation future? À une sélection reproductive?
Le racisme
Dans ses emails, Epstein exprimait des croyances racistes, dont l’idée que la génétique des personnes noires les rendrait moins intelligentes. Dans un échange de 2016 avec Noam Chomsky12 il affirmait que « l’écart de résultats scolaires chez les Afro-Américains est bien documenté ». Toujours en 2016, Joscha Bach13, chercheur en sciences cognitives et dans le secteurs des technologies, suggère à Epstein que le cerveau des enfants noirs « est plus lent à apprendre des concepts de haut niveau », et ajoute qu’ils conservent des capacités motrices élevées qui les rendent mieux adaptés ‘‘à un mode de vie plus axé sur la chasse et la course’’.
Un autre contact de Jeffrey Epstein était Robert Trivers14, un spécialiste en biologiste de l’évolution. Dans leurs échanges, il est question La Jamaican Asymmetry15 et des recherches en génétique de Trivers sur les sprinteuses et sprinteurs jamaïcains pour expliquer les raisons pour lesquelles la Jamaïque domine la discipline. En 2014, Trivers écrit à Epstein qu’il va à Kingston pour réaliser les analyses génétiques des athlètes afin d’obtenir « le premier échantillon humain d’élite au monde ».
Un email envoyé à Epstein mentionne que les femmes Nigérianes possèdent l’intervalle intergénésique le plus court16 — le délai entre deux naissances — et qu’elles devraient être sélectionnées pour « cock up bottom » (argot britannique décrivant une position sexuelle qui fusionne une donnée démographique scientifique — l’espacement des naissances — avec une réification sexuelle). Les femmes nigérianes y sont évaluées comme reproductrices à haute fécondité et comme objets sexuels — exactement la logique de l’élevage appliquée à des êtres humains.
Et le sexisme
Epstein espérait aussi mettre la génétique à contribution pour « améliorer les performances sexuelles des femmes ». Il en discute à de nombreuses reprises entre 2008 et 2013 avec Nathan Wolfe, un ancien professeur de biologie de l’université de Stanford: les deux hommes réfléchissent au développement d’un viagra féminin17, qu’ils surnomment « horny virus ».
Dans d’autres mail18, Joscha Bach – encore lui, explique à Epstein qu’il n’y a pratiquement pas de femmes en mathématiques parce que cette discipline « ne suscite pas l’intérêt social », que le changement climatique pourrait être « un bon moyen de lutter contre la surpopulation » et que le fascisme, bien que personnellement inconfortable pour lui, est « probablement le mode de gouvernance le plus efficace et le plus rationnellement rigoureux, si quelqu’un pouvait le mettre en œuvre de manière durable » (Bach aurait récemment déclaré au Boston Globe être depuis parvenu à des conclusions différentes…).
Des témoins ont déclaré aux enquêteurs qu’Epstein demandait à voir les pièces d’identité des filles pour s’assurer qu’elles étaient mineures, insistait pour qu’on lui amène des filles « jeunes ». Il précisait ses préférences raciales : « JE ne voulait pas de filles espagnoles ou foncées », demandant des filles jeunes « mais pas foncées »19.
Dans des conversations enregistrées avec Steve Bannon dans son émission War Room, Epstein dit qu’il « pense que les femmes ont un sens intuitif. Qu’est-ce que l’intuition? Elles ont des sentiments, et elles sont capables de naviguer dans le domaine des choses que les hommes, surtout les hommes comme moi, trouvent inexplicables. Les femmes ont de l’intuition. Les hommes voient les choses différemment. Les hommes veulent tout mesurer. Les femmes ne sont pas vraiment intéressées par la mesure20« .
En 2018, Epstein conseillait à John Brockman (fondateur de Edge) de ne pas se soucier de la diversité, étant donné qu’il considérait les femmes comme « faibles » et étant « une distraction21« .
Epstein classait les êtres humains en fonction de la valeur génétique qu’il leur attribuait.
Zorro Ranch = GPA + eugénisme = séquestration + exploitation des filles et des femmes
Le choix d’un ranch au Nouveau-Mexique pour réaliser son projet eugénique et patriarcal n’est pas anodin à plusieurs niveaux.
Un ranch est précisément le lieu où se pratique à l’échelle industrielle, ce que Jeffrey Epstein voulait appliquer aux filles et aux femmes: sélection des reproducteurs, super-ovulation de donneusesfemelles d’élite sélectionnées car répondant aux critères des commanditaires, transfert d’embryons, receveuses inséminées artificiellement. Le vocabulaire de l’élevage et celui du projet eugénique sont identiques. Dans son ranch, Epstein est le donneur de sperme et — dans son fantasme —il devient lui-même le taureau reproducteur22. Le ranch de Jeffrey Epstein est une forme extrême de l’exploitation des filles et des femmes à des fins de gestation pour autrui. Concrètement, séquestrer et exploiter jusqu’à vingt filles et femmes, organiser leur insémination pour qu’elles accouchent d’enfants qui lui sont liés génétiquement23 (d’ailleurs, où sont ces enfants?). Ce qui est peut-être le plus révélateur dans le parallèle entre l’élevage et l’exploitation des filles et des femmes à des fins reproductives, c’est ce qu’il dit de la façon dont Jeffrey Epstein concevait le sexe féminin. Les témoignages de victimes et les Epstein Files esquissent cette hiérarchie — certaines étaient sélectionnées pour leurs caractéristiques physiques et génétiques, d’autres devenaient des intermédiaires et recrutaient de nouvelles victimes, et lui se plaçait au sommet : le reproducteur dont la génétique devait être préservée et propagée. L’éleveur et son bétail.
De plus, le Nouveau-Mexique n’a pas non plus été choisi par hasard: comme dans le cas de Little Saint James, son île aux Caraïbes, Epstein recherchait les zones grises réglementaires des espaces éloignés des regards, difficiles à surveiller, où les autorités locales pourraient être plus facilement tenues à distance, voire, neutralisées. Dans les Files, Epstein écrivait explicitement qu’il « ne pouvait rien faire là où les règles américaines s’appliquent » . Pourtant il avait un ranch sur le sol américain, ce qui suggère qu’il comptait davantage sur l’isolement géographique plutôt que sur un vide juridique formel.
Les rabatteuses d’Epstein et celles de la GPA
Le parallèle entre le rôle des femmes (et/ou mineures victimes devenues bourreau) dans le recrutement des victimes de Jeffrey Epstein et celui de celles qui recrutent des mères porteuses ou des donneuses d’ovocytes pour l’industrie de la maternité de substitution est à souligner. Dans les deux cas, des femmes et des filles recrutent d’autres femmes et d’autres filles en ciblant les plus vulnérables économiquement en usant de la rhétorique du consentement et de l’autonomie (« tu es libre », « c’est ton choix », « tu aides une famille »). Est créée une infrastructure légale ou semi-légale qui normalise et protège le système. Et les bénéficiaires finaux sont majoritairement des hommes riches ou des couples aisés. D’autant plus, qu’idéologiquement, le recrutement féminin neutralise la critique féministe. Si une femme recrute, si une femme « accompagne », si une femme « choisit », le rapport de domination est invisibilisé. La violence structurelle se déguise en solidarité féminine ou en transaction librement consentie. Et certains — qui ne sont pas des féministes radicales — en viennent à suggérer que Ghislaine Maxwell « prenait soin des filles », quand d’autres considèrent les agences de GPA comme des coordinatrices qui « soutiennent » les femmes qui « font le choix libre, éclairé et altruiste de faire don d’elles-mêmes » d’être mères porteuses. La structure est la même: extraction du corps féminin, organisée par des femmes, au profit d’une demande masculine ou élitaire, dans un cadre qui rend la résistance difficile et la critique suspecte. Les deux systèmes reposent sur la même fiction: que le consentement formel suffit à effacer les conditions matérielles dans lesquelles il est produit. Une femme précaire qui « choisit » de devenir mère porteuse pour un homme riche, ou de donner ses ovocytes pour payer ses études, opère dans un espace de contrainte économique que le contrat rend invisible. Dans le cas de l’affaire les victimes sont des filles mineures
L’affaire Epstein et la GPA
Les adolescentes séquestrées, abusées et exploitées étaient réduites à des fonctions génétiques et reproductives en bas d’une hiérarchie humaine où certains décident qui peut se reproduire. La reproduction est un outil de pouvoir — financier, génétique ou idéologique. C’est pourquoi la continuité entre l’abus sexuel de mineures et le projet eugénique d’Epstein n’est pas accidentelle. C’est la même logique portée à son terme : le corps féminin comme matériau génétique à disposition de celui qui a le pouvoir de décider.
Soyons claires, les Files ne contiennent aucun mail explicite d’Epstein ayant pour objet « la gestation pour autrui »; il n’a pas écrit d’email sur ce sujet. Pour Epstein, il n’y avait d’ailleurs probablement pas de débat puisque toutes les filles sont considérées comme des ressources reproductives à sa disposition. Son projet était de développer un élevage humain eugénique et coercitif de filles mineures comme vecteurs biologiques déshumanisés. Epstein utilisait le langage de l’autonomie reproductive, de l’innovation scientifique et du progrès pour habiller son projet — exactement comme les actuels défenseurs du Gattaca Stack utilisent la rhétorique de la liberté reproductive pour promouvoir des technologies qui, régulées par les acteurs machistes de l’ultralibéralisme et de l’eugénisme, vont mener exactement où Epstein voulait aller. L’élément le plus directement lié à la GPA eugénique concerne le hacker Bryan Bishop et son bio-laboratoire ukrainien destiné à la production de designer babies (bébés sur-mesure) financé par Jeffrey Epstein24. Deux ans avant son incarcération, Epstein écrit à Bishop qu’il n’a aucun problème à investir, le problème est seulement s’il est « vu comme le leader ». Bishop répond qu’il a « toujours supposé qu’il y aurait des exigences d’anonymat concernant les bébés — nous ne pouvons pas identifier publiquement qui ils sont, ni leurs parents ou bénéfacteurs ».
En revanche, les Files contiennent le PDF25 du journal intime d’une victime présumée âgée de 16 ou 17 ans, qui écrit avoir donné naissance à une petite fille vers 2002 en présence de Ghislaine Maxwell et que le bébé lui aurait été retiré 10 à 15 minutes après l’accouchement. Le document contient une échographie.
Dans le cas des maternités de substitution imposées à des adolescentes qui sont présumées avoir été organisées à Zorro Ranch par Jeffrey Epstein et son réseau, un enfant est conçu par une mineure victime de traite humaine exploitée à des fins reproductives ; l’enfant est gardé par les commanditaires ou remis à des tiers. Il va sans dire que l’esclavage reproductif de mineures implique que les ingénieurs de cette entreprise de GPA à domicile exercent un droit d’usage sur le corps de la mère porteuse et du nouveau-né qu’elle a porté afin de satisfaire leurs ambitions eugénistes et suprémacistes. Les complices d’Epstein ont organisé la traite humaine (voyage, hébergement, paiement) de mineures (et de femmes) recrutées par tromperie et sous la contrainte à des fins d’exploitation reproductive pour devenir des mères porteuses et donneuses d’ovocytes.
Les Files contiennent 957 occurrences pour la recherche egg et 1035 pour eggs. Dans le cadre de l’affaire Epstein, il s’agit de mineures qui ne pouvaient donc pas consentir librement, ni de manière éclairée. Par ailleurs, le confinement est un autre élément qui fait de la gestation pour autrui une forme de traite des êtres humains et Zorro Ranch est situé dans un environnement très isolé où les victimes étaient séquestrées.
Zorro Ranch : New-Mexico Truth Commission
Depuis 2019, et malgré les détails sordides26 des témoignages des victimes et des témoins assistés, la reconstitution des faits qui se sont déroulés à Zorro Ranch a été négligée par les enquêtes fédérales, davantage concentrées sur Little Saint James — l’île des Caraïbes de Jeffrey Epstein — sa maison à Palm Beach en Floride et son manoir à New York. En 2019, Hector Balderas, l’ancien procureur général du Nouveau-Mexique avait lancé une enquête préliminaire, cependant les procureurs fédéraux avaient demandé à ce qu’elle soit suspendue afin d’éviter toute enquête parallèle. Quant à l’appartement parisien d’Epstein avenue Foch, il n’avait été perquisitionné par les autorités françaises que plus d’un mois après la disparition de son propriétaire en prison27.
Six ans plus tard, les législateurs du Nouveau-Mexique adoptent à l’unanimité une loi pour lancer ce qu’ils décrivent comme la première enquête complète sur ce les faits qui se sont déroulés à Zorro Ranch, où Epstein est accusé d’avoir trafiqué et agressé sexuellement des filles mineures. Une commission bipartisane va enfin recueillir les témoignages des survivantes, mais également ceux des élus locaux qui ont pu avoir connaissance des faits. Les travaux de la commission débutent immédiatement, les conclusions intermédiaires seront remises en juillet 2026 et le rapport final d’ici la fin de l’année 2026.
Il est déjà établit que Zorro Ranch a été le lieu d’abus sexuels et de viols sur mineures, la question est désormais de comprendre si le ranch fonctionnait également commeinfrastructure reproductive clandestine organisant les recrutements ciblés de mineures et femmes, les interventions médicales, ainsi que la logistique autour du projet eugéniste d’Epstein28. Y a-t-il eu des installations médicales sur le domaine? Quels scientifiques s’y sont rendus? Y a-t-il eu des interventions reproductives sur des victimes? Y avait-il des salles d’examen gynécologique? Des équipements d’échographie? Des chambres de récupération post-partum? Des systèmes de cryoconservation de gamètes ou d’embryons? Des foetus en développement dans des utérus artificiels? Des dossiers médicaux cachés? Les plus de quatre mille occurrences de Zorro Ranch dans les Files, les emails sur le « ranch à bébés », les paiements aux médecins, les discussions au sujet du bio-laboratoire ukrainien de Brian Bishop29, les témoignages des victimes… suggèrent que le ranch n’était pas qu’un lieu de vacances et d’abus30 — mais le cœur opérationnel d’un projet structuré.
Quant à la scène de crime, le ranch en lui-même, Jeffrey Epstein l’avait acheté en 1993 à Bruce King (gouverneur démocrate du Nouveau-Mexique à trois reprises, décédé en 200931) et a été vendu en 2023 à la famille de Don Huffines, un texan, candidat républicain au poste de contrôleur de l’État, qui a annoncé vouloir le transformer en retraite chrétienne et promis de coopérer avec l’enquête…
Conclusion
Cette affaire de domination patriarcale est à la conjonction du machisme, de l’ultralibéralisme, de l’eugénisme et du transhumanisme. Une alliance soulevant des questions éthiques et philosophiques puisque l’intersection de ces idéologies destructrices aura des conséquences désastreuses pour nos sociétés. D’abord, le machisme réificateur instrumentalisant les filles et les femmes à des fins d’exploitation reproductive rencontre l’ultralibéralisme qui prône lui même la liberté individuelle dénuée de responsabilité sociale. Ensuite l’eugénisme, obsédé par la perfection génétique entremêlé au transhumanisme afin de transcender les limites humaines. Cette confluence d’idées mènera à une société où l’empathie et l’égalité seront reléguées au second plan, au profit de quêtes incessantes de pouvoirs, de contrôles et d’améliorations de tous types, mais toujours artificielles. Il est crucial de réfléchir aux implications de ces courants de pensée et de promouvoir des débats éthiques pour s’assurer que le progrès technologique et social ne se fasse pas au détriment des femmes et des enfants et donc, au détriment de notre humanité commune.
L’affaire Epstein montre les failles profondes dans les structures de pouvoir et de privilèges qui permettent à de tels abus de perdurer en secret, pendant des décennies, et devrait amener la société entière à s’interroger sur les mécanismes qui favorisent l’impunité des puissants et marginalisent les plus vulnérables. L’impunité est en cohérence avec la position des acteurs. Quand les mêmes personnes contrôlent les institutions judiciaires, académiques, médiatiques et politiques, la « démocratie » devient le nom donné à leur gestion collective du pouvoir — y compris pour se protéger mutuellement. Le réseau savait. Les faits de pédocriminalité, d’extraction d’ovocytes et d’insémination artificielle étaient cachés au public mais connus du réseau. « Savait » couvre un spectre: savait et participait aux abus ; savait et utilisait le réseau sans abuser directement ; savait et se taisait par intérêt ou protection mutuelle. Tous constituent une forme de complicité. L’absence de poursuites ne signifie pas une absence de preuves. Ce silence organisé est lui-même un fait politique majeur. Epstein sponsorisait Harvard, le MIT, fréquentait des présidents, des princes et des émirs. Les procureurs qui ont négocié l’accord de 2008 ont été protégés (ensuite le procureur de Floride, Alexander Acosta a été nommé au cabinet Trump I). Le système de « recrutement » était organisé: des filles qui ont été les victimes recrutaient d’autres filles pour en faire de nouvelles victimes, Ghislaine Maxwell gérait l’opération, les assistantes étaient au courant. Parmi les co-conspirateurs identifiés : une seule condamnation: Ghislaine Maxwell. Pour trafic sexuel de mineures. Si par définition un trafic implique des destinataires, dans cette affaire il n’y a eu aucune autre arrestation (jusqu’à la divulgation des Epstein Files à la fin du mois de janvier 2026). Des témoignages de victimes (Virginia Giuffre, les soeurs Annie et Maria Farmer…) nomment des participants, pas seulement des témoins passifs. Les co-conspirateurs désignés sous serment par des victimes n’ont pour la plupart jamais été poursuivis.
Alors, l’affaire Epstein est-elle une perversion de la démocratie ou la logique interne de la démocratie elle-même? La démocratie devrait empêcher ce type d’impunité, et pourtant.. Cette affaire dévoile la corruption des mécanismes de la démocratie — séparation des pouvoirs, presse libre, égalité devant la loi — par des individus qui ont capturé les institutions à leur profit. L’affaire Epstein est l’illustration du fonctionnement normal du système pour les très riches dans la démocratie libérale — protection de la propriété, de la liberté contractuelle, et qui favorise ceux qui accumulent. Au-delà d’un certain seuil d’inégalité, les élites ne « corrompent » plus les institutions — elles sont les institutions. Si l’affaire Epstein est une perversion de la démocratie, on peut faire confiance aux institutions en les réformant, en revanche s’il s’agit d’une logique interne faire confiance aux institutions est justement le problème.. Cette affaire penche plutôt vers la deuxième lecture — non pas parce qu’il s’agit d’un milliardaire ultra connecté, mais parce que l’impunité a été organisée.
- Première partie des Epstein Files divulguée par le Département de la Justice américain (DoJ) : https://www.justice.gov/epstein ↩︎
- La plupart des bovins femelles ne produisent qu’un veau par an ; le transfert d’embryons permet de multiplier rapidement la génétique des meilleures femelles du troupeau. Inséminées artificiellement avec du sperme de taureaux considéré comme étant à haute valeur génétique, ces femelles produisent des veaux à génétique supérieure ; les femelles au potentiel génétique moins désirable servent alors de receveuses pour les embryons. ↩︎
- https://news.un.org/en/story/2026/02/1166980
https://www.ohchr.org/en/press-releases/2026/02/flawed-epstein-files-disclosures-undermine-accountability-grave-crimes ↩︎ - Eva Mozes Kor, avec Lisa Rojany Buccieri, Les jumelles de Mengele : Le témoignage unique d’une rescapée d’Auschwitz, Armand Colin, 2023 ↩︎
- Epstein était entouré de personnes respectées au sein des communautés scientifiques concernées – Murray Gell-Mann, Stephen Hawking, Stephen J. Gould, Oliver Sacks, George M. Church et Frank Wilczek – Peter Thiel, Noam Chomsky, Elon Musk… ↩︎
- Brian Armstrong a lancé des dîners sur invitation pour en discuter avec des scientifiques et des investisseurs, et a financé la start-up Preventive, cofondée par Lucas Harrington (ancien étudiant de Jennifer Doudna, co-inventrice de CRISPR) et Matt Krisiloff, fondateur de Conception Biosciences. Sam Altman d’OpenAI est également investisseur. ↩︎
- https://www.geneticsandsociety.org/article/what-transhumanism-and-why-do-people-associate-it-eugenics
Jeffrey Epstein a financé plusieurs scientifiques du Gattaca Stack (George Church, Martin Nowak) et des technologies (CRISPR, génomique, FIV via le laboratoire de Brian Bishop) qui constituent aujourd’hui ce stack. Zorro Ranch, son projet de « ranch à bébés » au Nouveau-Mexique et le laboratoire ukrainien de Brian Bishop sont des proto-versions artisanales, clandestines et coercitives de ce que Brian Armstrong et Sam Altman cherchent aujourd’hui à industrialiser légalement. La différence principale : Armstrong et Altman espèrent convaincre la Food and Drugs Administration (FDA) ; Jeffrey Epstein commettait ses crimes en contournant toute régulation. ↩︎ - https://www.nytimes.com/2019/07/31/business/jeffrey-epstein-eugenics.html ↩︎
- Un projet inspiré du Repository for Germinal Choice, une banque de sperme créée dans les années 80 par Robert K. Graham, eugéniste fortuné, afin de ne recueillir que du « super sperme » de Prix Nobel et de génies au QI supérieur. La banque a fermé en 1999 et seul un Prix Nobel aurait reconnu avoir fait un don de sperme.
https://slate.com/human-interest/2001/02/the-genius-babies-and-how-they-grew.html ↩︎ - https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet11/EFTA02216295.pdf
https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA00454054.pdf ↩︎ - https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA00454927.pdf ↩︎
- https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA00686109.pdf ↩︎
- https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA00823256.pdf
https://futurism.com/health-medicine/epstein-improve-human-dna ↩︎ - https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet11/EFTA02514693.pdf
https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet11/EFTA02506164.pdf
https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA01030917.pdf ↩︎ - La Jamaican asymmetry est une asymétrie génétique et athlétique, pas morphologique. Trivers a contacté les coureuses et coureurs de Jamaïque: Shelly-Ann Fraser-Pryce, Usain Bolt, Yohan Blake, Elaine Thompson (…) pour identifier les facteurs héréditaires spécifiques expliquant la domination des Jamaïcaines et des Jamaïcains en sprint au niveau mondial. Ce qui intéressait Epstein dans ce projet de recherche était d’isoler les marqueurs génétiques de la performance physique de pointe pour les intégrer à son projet eugénique: une forme d’excellence génétique physique qu’il voulait cartographier — une variante de sa quête de gènes permettant d’expliquer la supposée supériorité intellectuelle des Juifs Ashkénazim appliquée à la performance athlétique.
https://www.nbcnews.com/politics/politics-news/new-mexico-probe-jeffrey-epstein-zorro-ranch-rcna259292 ↩︎ - https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet11/EFTA02506471.pdf ↩︎
- https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA00961409.pdf
https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet11/EFTA02409412.pdf ↩︎ - Page 37: https://www.documentcloud.org/documents/26252908-008_20pdf/ ↩︎
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10733773/ ↩︎
- https://chicagounbound.uchicago.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1836&context=cjil ↩︎
- https://www.antitraffickingreview.org/index.php/atrjournal/article/view/542/41 ↩︎
- Henri Atlan, Marc Augé, Mireille Delmas-Marty, philosophe Nadine Fresco, Le clonage humain, Seuil, 1999 ↩︎
- https://web.archive.org/web/20260206175417/https://www.theguardian.com/us-news/2019/aug/01/jeffrey-epstein-seed-human-race-report ↩︎
- N° EFTA01003966
Voir aussi Gino Yu : https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA00907038.pdf ↩︎ - N° EFTA02731361 ↩︎
- Voir ce mail de novembre 2019 (Epstein disparaît en prison en août 2019) qui semble être une demande de rançon en bitcoin adressée à Edward Paul Aragon (politicien du Nouveau-Mexique, décédé en 2021) ; le maître chanteur affirme détenir des vidéos à caractère sexuel et avoir connaissance que deux jeunes filles ont enterrées près de Zorro Ranch sur ordre de Jeffrey Epstein et Madame G (probablement Ghislaine Maxwell) après que les deux filles soient « mortes par strangulation strangulation pendant des rapports sexuels violents et fétichistes.
N° EFTA00067066 ↩︎ - https://www.lemonde.fr/international/article/2019/09/24/affaire-epstein-perquisitions-dans-son-appartement-parisien-et-dans-une-agence-de-mannequins_6012872_3210.html ↩︎
- 1/ Le projet déclaré d’Epstein de féconder 20 femmes simultanément. 2/ Les paiements réguliers à des gynécologues et médecins reproductifs. 3/ Les tests ADN massifs et la cartographie génétique systématique. 4/ Le recrutement démographique ciblé selon des critères de fertilité et de génétique. 5/ Les 26 000 m² de bâtiments jamais perquisitionnés ni inventoriés. 6/ L’absence totale d’enquête fédérale sur le site. 7/ Les témoignages de grossesses et d’enlèvements de nouveau-nés ↩︎
- https://www.justice.gov/epstein/files/DataSet9/EFTA01019439.pdf ↩︎
- Epstein faisait venir des invités et exploitait des filles mineures comme masseuses au ranch, et recherchait également des masseuses au Nouveau-Mexique, a déclaré le directeur du ranch, Brice Gordon, au FBI en 2007, selon un rapport figurant dans les Epstein Files.
https://www.stuff.co.nz/nz-news/360935962/kiwi-manager-brice-gordon-interviewed-fbi-2007-over-epstein-massages-document-shows ↩︎ - https://www.telegraphindia.com/world/new-mexico-lawmakers-launch-full-investigation-into-jeffrey-epsteins-zorro-ranch/cid/214768 ↩︎
